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Psychiatre, psychanalyste : le médecin et l'analyste
Vous avez peut-être déjà entendu cette phrase : « Il faudrait peut-être voir un psychiatre. » Sous-entendu : c'est plus sérieux, c'est médical, c'est pour les cas graves. Et la psychanalyse, dans l'imaginaire collectif, c'est le divan, Freud, et des années à parler de sa mère. Ni l'une ni l'autre de ces images n'est vraiment juste. Reprenons.
Le psychiatre : médecin avant tout
Le psychiatre est un médecin. Il a fait médecine — six ans minimum — puis s'est spécialisé en psychiatrie pendant quatre ans supplémentaires. Soit une décennie de formation, au bas mot.
Ce que ça lui donne : la capacité de poser des diagnostics psychiatriques, de prescrire des médicaments — antidépresseurs, anxiolytiques, thymorégulateurs, antipsychotiques — et de prendre en charge les pathologies mentales dans leur dimension biologique et neurologique.
Le psychiatre traite. Il évalue, il prescrit, il suit. Certains font aussi de la psychothérapie, selon leur formation complémentaire. D'autres se concentrent sur le volet médical et orientent leurs patients vers d'autres praticiens pour l'accompagnement psychique.
Le psychanalyste : du côté de la parole
Le psychanalyste n'est pas médecin — sauf s'il l'est par ailleurs. Il ne prescrit rien. Il n'évalue pas au sens médical du terme. Il n'a pas de blouse, pas d'ordonnancier, pas de DSM ouvert sur le bureau.
Ce qu'il a : un cadre, une écoute, et une formation longue et exigeante — analyse personnelle, théorie, supervision. Son outil, c'est la parole. Pas pour donner des conseils ou corriger des comportements, mais pour créer un espace où le sujet peut se déprendre de ce qui le tient — ses répétitions, ses symptômes, ses impasses.
La psychanalyse ne traite pas une maladie. Elle s'adresse à un sujet.
Deux approches de la souffrance psychique
C'est là que la distinction devient vraiment intéressante.
La psychiatrie part d'un modèle médical : il y a des symptômes, ils correspondent à des entités nosographiques, on les traite. C'est rigoureux, c'est utile, c'est parfois vital — personne ne discutera l'utilité d'un stabilisateur de l'humeur dans un épisode maniaque sévère.
La psychanalyse part d'un autre axiome : le symptôme n'est pas un dysfonctionnement à éliminer. C'est un message, une formation de compromis, quelque chose qui a une logique propre dans l'histoire du sujet. Le traiter sans l'entendre, c'est risquer de passer à côté de ce qu'il dit.
Ces deux lectures ne sont pas nécessairement ennemies. Elles parlent de niveaux différents de la réalité psychique.
Dans la pratique : ils se complètent
Beaucoup de patients que je reçois sont également suivis par un psychiatre. C'est souvent une configuration que j'encourage — et que j'articule activement avec mes confrères, notamment dans le cadre de bilans psycho-évaluatifs réalisés en lien avec des psychiatres référents.
Le psychiatre tient le volet médical. Je tiens le volet analytique. Ce n'est pas une rivalité — c'est une complémentarité, quand elle est pensée et coordonnée.
Certaines souffrances ont besoin des deux. D'un médicament qui stabilise suffisamment pour que la parole puisse travailler. D'une analyse qui creuse là où le médicament ne peut pas aller.
Mon approche : psychanalyse et outils complémentaires
Ma formation est psychanalytique, d'orientation lacanienne et freudienne. C'est le socle — la façon dont je pense la souffrance, le sujet, le symptôme. Mais j'exerce de façon intégrative : j'intègre des outils issus de la TCD — Thérapie Comportementale Dialectique — et de la TCC, pour les situations cliniques qui le nécessitent.
Concrètement, cela signifie que je ne travaille pas en vase clos. Je réalise des bilans psycho-évaluatifs — TDAH, burn-out, troubles de la personnalité — en lien étroit avec des psychiatres référents, qui assurent le volet médical et la prescription lorsqu'elle est indiquée. Cette collaboration n'est pas accessoire : elle est pensée, structurée, et fait partie intégrante de ma pratique.
Le cadre analytique tient le fond du travail. Les outils comportementaux interviennent quand la situation l'exige. Et la relation avec le psychiatre référent garantit que rien d'essentiel n'est laissé de côté — ni le corps, ni le cerveau, ni le sujet.
En résumé
Le psychiatre soigne le cerveau et prescrit. Le psychanalyste écoute le sujet et crée les conditions d'un travail sur soi. L'un n'est pas le sous-traitant de l'autre — mais ensemble, ils peuvent faire beaucoup.